Luxuriant August 3, 2009

Interview David LaChapelle

Le photographe white trash roule désormais sa bosse à côté de Dieu et de ses saints, délaissant le temps d’une sulfureuse et décadente after dans la chapelle Sixtine, les idoles gossip shootées au gloss, de l’Amérique. Interview God like !



Jésus est ton homeboy ?



Je suppose que oui. Dieu représente pour moi un feeling céleste et une énergie palpable derrière chaque élément de notre globe. La nature peut s’afficher d’une manière tellement sublime que la question de l’existence de Dieu en devient indéniable.


Alors quid de tes premiers amours démoniaques : la débauche et la luxure?



Elles sont toujours là mais je me détache chaque jour un peu plus du milieu de la mode. La religion est complètement ancrée dans la culture américaine actuelle, mais elle tend à se scinder en deux mouvances contradictoires : d’un côté, un mouvement fondamentaliste, conservateur, de plus en plus religieux, frôlant le fanatisme et de l’autre, une décadence absolument immorale, toujours plus dégradante. Alors, j’assimile et je mélange toutes ces informations au plus profond de moi, pour en ressortir des images et essayer de donner un sens au monde.



Comment être sûr que tu n’es pas la réincarnation de Michel-Ange?



On ne peut être sûr de rien (rires) et je ne suis pas persuadé de croire vraiment en la réincarnation. En tout cas, je ne vais pas attendre de savoir si je pourrai bénéficier d’une seconde vie pour m’éclater et faire les choses qui me passionnent sur cette terre. Michel-Ange est, à mon humble avis, le plus grand artiste pop de tous les temps et je suis fan de ses œuvres depuis ma plus tendre enfance. Tout le monde connait Michel-Ange, mais qu’en est-il de David LaChapelle ?



Je pense que certaines fashionistas te connaissent d’avantage que Michel-Ange. Bref, selon toi, quel magazine peut, aujourd’hui, atteindre le statut de sacro-sainte Bible comme l’était, dans les eighties, le magazine « Interview » créé par Andy Warhol ?



Aucun, car Interview était Le magazine, l’unique, le seul, avec une ligne éditoriale en parfaite adéquation avec son époque, la mode et l’art. Tout et tous étaient dans ce magazine. Le fait d’avoir bossé avec Andy et d’avoir pu exposer mes photos dans Interview reste l’un des mes meilleurs souvenirs. Tu te rends compte ? J’avais seulement 19 ans.



Tes décors sont tous vrais et construits sans trucages informatiques, avec d’imposantes installations scénographiques : tu considères Photoshop comme Satan ?



La totalité de mes décors sont créés de manière artistique. C’est quelque chose qui m’amuse toujours beaucoup. Cependant, je me sers quand même de Photoshop et de nombreux autres outils informatiques… enfin le moins possible.



Même pour les fesses de Lady Gaga sur la couverture de Rolling Stone magazine?



Ah ! C’est une très bonne question (rires), mais figure-toi que c’est son vrai corps. Je n’ai absolument rien retouché dans Photoshop. Elle a vraiment une plastique incroyable.



Aujourd’hui tes photos s’expriment plus dans une galerie ou dans un magazine ?



Mes photographies sont suffisamment visuelles pour être publiées, imprimées ou projetées n’importe où. Je trouve que la photographie est un merveilleux media qui peut s’épanouir tant dans une exposition que sur papier glacé. De plus, chaque page de magazine est une petite galerie que tu peux afficher chez toi, pour créer ton propre petit musée privé.



Tout le monde pose ou posera pour toi, quelqu’un a déjà refusé ?



Ah ! Si tu savais le nombre de personnes qui m’ont posé un lapin dans le boulot et… même dans ma vie sentimentale (rires), tu serais certainement très étonné.



Il te reste qui alors à immortaliser sur une de tes photographies ? 



Au risque de te décevoir, je n’établis pas de guest-list pour sélectionner mes modèles. Par dessus tout, j’aime photographier les personnes qui sont vraiment attirées par mon travail et qui aiment ce que je fais. C’est toujours une expérience intéressante quand je trouve un sujet qui veut poser pour moi. Regarde avec Lady Gaga, nous voulions vraiment faire un truc ensemble et c’est de cette attraction mutuelle qu’en a résulté une belle image… avec un joli arrière-train… non retouché.



Jusqu’où une photo de LaChapelle pour une publicité peut être trop hardcore ?



Je ne sais pas trop en fait. J’insuffle toujours autant de sexualité, de spontanéité et d’humeur dans mes clichés. J’ai passé des jours, des semaines et même des années à développer des idées et des concepts pour la publicité. Mais j’ai toujours trouvé plus intéressant que les gens se fassent leur propre expérience de mon travail dans les galeries et me disent si mes images sont trop hardcore ou non. En tant que photographe, je trouve cela beaucoup plus intimiste et profond que via une pub sur papier glacé.



Selon ton livre « Artists & Prostitutes », penses-tu qu’aujourd’hui David LaChapelle est d’avantage une prostituée qu’un artiste ?



Je pense sincèrement qu’il faut commencer par être une prostituée pour devenir un artiste. Aujourd’hui, je suis une espèce d’hybride entre ces deux extrêmes, même si j’aspire à devenir complètement un artiste, sans me soucier d’aucune directive commerciale.



Et tes mannequins, ce sont plus des prostituées ou des artistes ?

Un savant mélange des deux !

Comment définirais-tu le style LaChapelle pour présenter ton boulot à ma maman qui vit dans un petit village ?



Je ne sais pas s’il y a beaucoup à dire, en fait. Disons que je prends simplement des photos. Je m’interroge si on peut vraiment parler d’un style LaChapelle, mais je pense que je fais juste des images tout en étant attiré par des choses relativement naturelles. Si je devais expliquer mon travail à ta maman, je suppose que je lui dirais de feuilleter un de mes bouquins.



Et pour mon pote qui vit rue Saint-Honoré à Paris?



Un photographe populaire et original qui fait ce qu’il aime et qui, par la force des choses, a développé son propre style. Mais si ton ami habite rue Saint-Honoré, il doit forcément connaître mon travail (rires).



Ta définition du mauvais goût ? 



Le bon goût !



David LaChapelle surfe-t-il sur le bon goût ?



Le bon goût est une idée très bourgeoise qui me fait vomir, tout comme le mauvais goût d’ailleurs ! Aujourd’hui, beaucoup trop de personnes pensent qu’il suffit de dépenser des sommes folles dans des meubles design, glanés à droite et à gauche, pour donner l’impression d’avoir plus de goût que son voisin. Les gens ont trop pris l’habitude de se sectoriser en classes et religions différentes, avec des goûts systématiquement formatés.



Combien coûtait une photo de LaChapelle lors de ta première exposition ? 



C’était en 1984, à la galerie 303 de New-York et mes photos n’avaient pas vraiment de prix (rires).



C’est toujours le cas aujourd’hui ? 



Aujourd’hui elles sont inestimables (rires).



Tu peux nous faire une photo exclusive de toi en slip pour la couverture de Luxuriant ?



Ok, je t’envoie ça.

By Sébastien

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