Le Figaro June 17, 2013

David LaChapelle, c’est d’abord une carrure musclée, bronzée, tailée « larger than life » à la californienne, ce qui fait paraitre tous les Parisiens étroits d’épaules, pessimistes et pâlichons. David LaChapelle, tout juste 50 ans, c’est un visage mutant, ni juene ni vieux, à l’architesture évolutive, aux pommettes bombées type effets spéciaux, aux yeux hors d’atteinte qui semblent avoir reculé derriére son front vierge de toute ride. David LaChapelle, c’est une extreme douceur, une innocence Presque enfantine, qui se degage au naturel d’un gaillard connu pour ses photos « hypersexe », pour son appétit de la vie sans limites et sans tabous. David LaChapelle, c’est un héros du glamour sur papier glace qui vit désormais à Maui, la plus belle des 137 îles de l’archipel d’Hawaï, qui mange et jardine bio, médite la matin et fuit la presse people.

À Paris, il prend ses fans – legion des plus bigar – rées – á rebrousse – poil avec une nouvelle série qui a laissé circonspecte New York la battante (Galerie Daniel Templon, jusqu’au 26 juillet). Ses Still Life méritent leur nom de natures mortes. Le photographe a flashé sur les sosies en cire des stars jetées au rebut par les musées de Dublin et de Hollywood. Depuis Le Jardin des délices de Jérôme Bosche et les fantasmagories des peintres flamands, on n’avait pas vu pareil cauchemar. Nue mais chaste, Princess Diana est dans une boîte en carton comme l’héroïne trash de Boxing Helena de Jennifer Chambers Lynch (fille de David) film moite de 1993; elle porte, à sa main gauche sans index, son fameux saphir désormais légué à la future reine Kate of Cambridge. Jeune et décati, son Leonardo DiCaprio serait plutô celui congelé avec la Titanic. C’est encore Heath Ledger, grimaçant Joker du Dark Knight de Christpher Nolan en 2008, mort à 28 ans d’une overdose médicamenteuse, qui surcit le mieux à ce glamour sinister. Cette série de « vanités » contemporaines, glas de la jeunesse éternelle et des illusions perdues.

Optimiste et imprévisible

Ce photographe – là est un phénomène. Pas seulement parce qu’il a fait exploser le Bikini rose de Pamela Anderson ou parce qu’il a couché dans l’herbe Angelina Jolie, lascive à l’aine gothique et tatouée, ou réinterprété avec humour l’école de Fontainebleau dans ses tableaux vivants avec lait maternel et corn – flakes (Milky Maidens, 1996). Malgré son « look casual » en tee – shirt gris et jeans, il est aussi imprévisible qu’Alexander McQueen, fantasque genie en irresistible chatelaine à corset avec Isabella Blow, muse de la mode, campée en suivante portant la traîne avec chic (Burning Down the House, 1996). La réalité est toutefois plus cruelle que la fiction.

Le premier s’est suicide le 11 février 2010 en se pendant dans son superbe domicile de Londres. Sa folle suivant, si drôle à l’image, s’était suicidée en 2007 en avalant du désherbant. Deux amis trés chers à David LaChapelle qui, en farouche optimiste du Nouveau Monde, préfère le souvenir des fêtes et des rencontres au blues de temps perdu et esquive la complainte des jeunes défunts du trio sexe – drogue – sida, synonyme du New york des années 1980. À la maniére d’un Pedro Almodovar, ce « croyant » en a gardé un gout étrange mêlant la joie exubérante à la mélancolie photogénique. Ses natures mortes sont glauques, mais sentimentales et parlantes comme des journaux intimes.

À la veille de son vernissage bondé à Paris, David LaChapelle ne tenait pas en place: « Dévoré par l’envie de voir la retrospective Keith Haring », au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, ce jeune retraité de la mode à Hawaï évoquait « Keith » qui « peignait en dansant », souvenir marquant son arrivée à New York, à 17 ans. « J’avais cinq ou six ans de moins que toute la bande autor de Keith et Jean-Michel (Basquiat). Mais Keith était vrai,emt cool avec ses lunettes qui’il avait recouvertes de couches épaisses de peinture. Je ne peux pas dire que nous étions proches, mais il m’a aide, m’a fait entrer dans les clubs plus courus de Manhattan à la barbe des videurs, dans les galleries d’art qui me faisaient rêver, comme tony shafrazi. »

Discret, rêveur comme un gosse puni, elliptique jusqu’ à l’omission, David LaChapelle ne racontera pas comment il a survécu dans ce demi-monde alors qu’il était tout beau et mineur. De cette jeunesse-là, il n’évoque que les paillettes qui immaculée ou en Léda attendant son ctgne en est la prevue incarnée.

Descendant d’une sage lignée huguenote, ce fils de l’Amérique profonde a fui les régles trés tôt, après avoir été stigmatisé comme gay et battu comme un renégat au college en caroline du Nord. Il l’a raconté avec pudeur dans sa conference aux Beaux-Arts télé-réalité, encore ému aux larmes le lendemain soir à la « party » de rigueur au club Silencio, décoré par David Lynch. Pas d’aigreur ni de cris vengeurs chez ce chrétien dans l’âme qui préfére parler de « vie spirituelle, de pardon, d’amour » et semble fuir d’instinct toute violence.

David LaChapelle en a horrifié plus d’un par ses visions felliniennes de la vie, de l’amour, du sexe et meme des Évangiles (il récidive avec une Céne en cire oú ces morceaux d’apoôtres créent un malaise certain). Au-delà du poids des photos, il y a quelque chose de prodondément vrai chez cet homme tout de mise en scénce et d’adoration extatique. Daphne Guinness, héritière et muse tout en voiles, ou Barbara Baumel, « style advisor » et amie des années Vogue, lui témoignent une indulgence qui en dit long.

Text By Valérie Duponchelle

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