Le Bonbon June 11, 2013

Interview de David LaChapelle en huis clos
Un artiste qui inspire sagesse et coolitude

David LaChapelle, photographe mondialement connu pour sa touche surréaliste, était à Paris à l’occasion de sa dernière exposition à la galerie Daniel Templon. Le Bonbon a eu l’honneur de rencontrer cet artiste quelques minutes avant le vernissage. Personnage humble, généreux et digne d’un ange (oui oui), nous sommes séduits ! Interview de David LaChapelle en toute intimité.

Pourquoi avez-vous choisi la galerie Daniel Templon?
C’est une longue histoire. Daniel Templon est un de mes héros. C’est le premier à avoir exposé Warhol à Paris. Tout le monde pense que c’est un autre marchand d’art, mais en fait c’était lui. C’est un gentleman old school, mais il a très bon oeil et j’adore le programme de cette galerie. J’avais déjà exposé dans un musée mais je voulais attendre le bon mariage. Maintenant que je les connais je suis très content de mon choix.
Cette exposition est différente de ce que nous avions vu auparavant. D’où vient ce changement de style ?
Je ne sais pas si c’est vraiment un changement de style. Quand j’ai vu ces têtes (NDLR, l’expo est basée sur des têtes en cire sans troncs, venues du Musée de cire de Dublin) ça m’a tout de suite inspiré. J’étais intéressé par ces visages à qui on avait donné congés, parce qu’ils étaient fragiles ou cassés. Il y a un rapport avec la fragilité de notre chaire et le fait que nous vieillissons.

Et les stars ?
On donne beaucoup d’importance à la jeunesse et à la beauté, mais on va tous vieillir et on devrait tous le savoir. Qu’on soit model, acteur, ou présentateur, il y a une date de péremption. On est totalement dévoués aux stars et quand elles vieillissent c’est comme si elles avaient commis un crime ! Elles font de la chirurgie et on se moque d’elles dans les tabloïdes.
Votre expo est en rapport avec la mort ?
Oui, il y a cette idée de mortalité mais je ne trouve pas que cette exposition soit morbide. Dans le bouddhisme on garde à l’esprit qu’on ne sera pas toujours là et on traite notre vie avec plus de préciosité. Si on est chanceux, on passera tous par cette route. Ou alors, on meurt jeune. Comme la chanson de Blondie « Die young, stay pretty » (NDLR, rire).
Réalisateur, publicitaire, écrivain, photographe… Vous avez presque tout fait, est-ce que vous avez d’autres rêves ?
Je fais encore des clips vidéos pour garder un peu de variété dans ma vie, mais ma passion, mon vrai amour, c’est le still (photographie de nature morte). Depuis ces dix dernières années le « still life » a plus d’impact chez les spectateurs. Quand vous entrez dans une galerie ça arrête le temps. On passe beaucoup trop de temps sur nos écrans. Avant c’était un grand moment d’aller au cinéma parce que c’était le seul endroit où l’on voyait une image en mouvement, c’était silencieux, dans le noir. Maintenant quand vous y allez, les gens envoient des textos !

Vous avez un endroit pour arrêter le temps ?
Oui j’ai une ferme sur l’île de Maui, à Hawai. C’était une colonie de nudistes, un peu abandonnée depuis 30 ans. Ca a toujours été mon rêve d’avoir une cabane dans la forêt. C’est essentiel d’écouter sa voix intérieure. Toutes les inspirations artistiques, toutes ces grandes questions, l’amour, la vie, le travail. Tout est à l’intérieur. Si l’on est constamment bombardé d’opinions extérieures, on ne sait jamais ce que nous pensons vraiment ! C’est vraiment crucial d’avoir un endroit ou arrêter le temps et tout éteindre.
C’est vital ?
Moi je n’ai jamais finit le lycée donc je comptais beaucoup sur mon instinct, mes tripes pour me diriger dans la vie. Et quand on est toujours sur le téléphone, Facebook, ou avec des amis en sortie, on n’entend pas cette voix intérieure. A l’époque c’était de difficile de grandir à New York et de développer ce guide personnel, cet instinct.
Une musique préférée à nous chuchoter ?
La musique c’est tout pout moi. Je pense que c’est la forme d’art la plus puissante. C’est la seule à vous faire vous lever, vous faire bouger votre corps. Ça dicte ce que vous devez ressentir. Si vous devez être triste ou heureux ou effrayé. D’ailleurs, dans mes shootings, au lieu d’utiliser les mots pour transmettre l’émotion voulue, je met une musique super fort. Mon objectif, c’est de toucher les personnes avec les photos, comme une musique peut les transporter. J’aime beaucoup de genres différents : Leonard Cohen, Jeff Buckley, Georges Harrison, les débuts de Radio Head. Et aussi Michael Jackson… Michel Ange! Ils sont au même niveau pour moi. (NDLR, Rire).
Vous êtes d’accord pour poser avec Le Bonbon ?
Oui, j’adore le magazine. Et je veux être avec Pharrell !

www.davidlachapelle.com

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