French Photo March 2009

Entre LaChapelle et Photo existe une belle histoire d’amitié. Dès l’adolescence, David lisait Photo en le dénichant dans les librairies branchées de New York. Il en garde un souvenir précis et peut parler pendant des heures de tous ceux qu’il a découverts dans nos pages. Il dit que sa culture photographique, il se l’est forgée dans Photo. Puis, il est devenu photographe. En 1995, Photo fait un pari sur les photographes de l’an 2000. Le numéro est consacré à de jeunes talents inconnus. En couverture : David LaChapelle ! On ne s’est pas trompés et nous étions les premiers à le publier en France ! Depuis, nous l’avons suivi pas à pas, nous l’avons vu grandir et une vingtaine de portfolios plus tard, nous nous retrouvons pour cette fois-ci lui dédier l’intégralité du magazine. Un numéro monographique comme seul Photo sait le faire ! Avec l’étroite collaboration du photographe et de ses proches.

David est venu à la rédaction finaliser un mur d’images que nous avions composé. Toute l’équipe en gardera le souvenir ému d’un mur d’images que nous avions composé. Toute l’équipe en gardera le souvenir ému d’un moment privilégié. Simple, généreux, drôle, créatif, surprenant et chaleureux, il a l’humilité des grands ! Et parce que nous connaissons son attrait pour la fête, nous avons ouvert le VIP de Jean-Roch pour une soirée à son image ! Merci à Fred Torres pour son regard et ses conseils, merci à Patrick Toolan pour son exceptionnel suivi, merci à Steven Pranica pour son aide précieuse, merci à ceux qui nous ont offert leur témoignage et surtout merci à David LaChapelle sans qui le monde n’aurait pas le même goût.
SA VIE

Ma mère m’a montré un jour, une photo d’Ursula Andress dans Playboy, nue sous une chute d’eau. « Tu vois ? C’est comme ça que ça doit être un corps de femme ! » Je dois dire qu’elle rassemblait à son modèle. Elle veillait à s’alimenter sainement et, précédant la mode, elle faisait religieusement sa gymnastique au beau milieu du salon. Quand elle se promenait, les hommes la suivaient à la trace. Elle ne détestait pas, ça la faisait rire. Pour moi, le jeu de l’humour et de la séduction font partie de la vie normale. J’ai pris ma toute première photographie à Porto Rico, où j’étais en vacances avec mes parents. Ma mère s’était confectionné un bikini avec un soutien gorge de Frederick’s of Hollywood et des boucles de ceinture d’orée. Nous séjournons dans un hôtel flambant neuf des années 70.Comme d’habitudes elle avait tout réglé dans le moindre détail et posé un cendrier sur le tapis pour montré l’endroit où je devais me tenir. Elle a pris la pose, j’ai appuyé sur le déclencheur. Je devais voir six ou sept ans, J’ai encore cette photo que j’adore.

La réalisation des photos de famille était une entreprise d’envergure, elle les mettait en scène, préparant méticuleusement décors et costumes. Sur les premières photos de moi bébé, je suis en angelot avec des ailes de papier qu’elle avait confectionnées avec amour, en découpant séparément chaque petite plume. Au fur et à mesure que je grandissais, les séances de photo sont devenues de plus en plus ambitieuse. Elle réalisait des costumes pour toute la famille, nous avions l’air de sortir du film « La Mélodie du bonheur ». Nous habitions alors dans le Connecticut, elle nous emmenait dans des propriétés anciennes et des country-clubs et nous faisait poser devant des voitures ou avec des chiens de berger qui ne nous appartenaient pas. Elle collait des milliers de photos dans des albums, et chacune avait été composée et mise en scène ave le plus grand soin. Après cette préparation minutieuse, une seule prise lui suffisait, et les clichés étaient parfaits. Quand je pense aux kilomètres de pellicule que j’utilise, je me sens un peu amateur, en comparaison. Lorsque nous avons déménagé en Caroline du Nord, ce fut un choc ; Hypermarché et fast-foods poussaient en une nuit, comme des champignons. Il y avait des femmes divorcées complètement dingues, des jupes bulles, et de longs clics.

Un jour, nous étions en train de jouer au ballon dans le parking de la cité, quand nous avons vu arriver une bonne femme avec une coiffure invraisemblable, en débardeur et short ultra-court, juchée sur des sandales à semelles compensées en liège, et voilà qu’elle se met à donner des coups de marteau dans la rutilante Lincoln de son mari. Nous somme restés bouche bée à la voir, dans cette invraisemblable tenue, avec cette chevelure, ces ongles, à quatre pattes sur le capot de cette voiture qu’elle défonçait en hurlant comme une folle. Ce fut un moment magique que je n’oublierai jamais. J’adore tout ce qui est spectaculaire et scandaleux, des scènes de folle ; j’ai toujours adoré ça. En Caroline du Nord, alla a eu plus de mal à trouver des lieux intéressants pour servir de décors – il n’y a que des centres commerciaux, là-bas : finis les jolis décors naturels de la Nouvelle Angleterre, elle détestait ce nouvel environnement. Alors elle a compensé en devenant encore plus imaginative. Elle a pris des photos de mo frère et moi où nous avons l’air d’être au bord de la mer, dans le Connecticut, à Mystic Seaport, sur des planches vieilles par les intempéries, on croit voir les docks et des colonnes.

En réalité, nous étions au Long John Silver, un petit restaurant de fruits de mer, au beau milieu du parking d’un centre commercial, mais grâce au cadrage, ça ne se voit pas. Nous habitions un grand ensemble abominable en banlieue et formions une famille de classe moyenne qui ne tournait pas très rond ; quant à moi, j’étais u ado fumeur d’herbe, un désastre. Mais dans l’album familial, on nous prendrait pour des Vanderbilt. Ma mère reconstruisait une réalité à elle grâce aux photos.
A l’école il y avait des bons moments, mais dans l’ensemble, ça se passait assez mal car j’étais un drôle de zozo. Je passais mo temps à rêver de New York. J’étais certain de devenir peintre ou illustrateur. Du jour où j’ai eu u appareil photo à la main, j’ai découvert que mes copains auraient donné n’importe quoi pour me servir de modèles Le sort en était jeté.

J’étais mordu pour la vie. Je n’avais pas fini mon premier rouleau que toute ma bande se retrouvant à poil dans la chambre posant comme des fous. Lorsque j’ai quitté ma famille en 1978, à l’âge de quinze ans, je suis venu à New York à l’auberge de jeunesse de la 23ème Rue, puis je me suis installé dans le East Village où je partageais un appartement avec un ami. J’ai voulu travailler chez Fiorucci, mais j’étais trop jeune. J’ai commencé comme aide-serveur au Studio 54. Halston, Gucci, Fiorucci… Diners de fruits de mer, rollers… tout cela, toute cette imagerie pop à énormément influencé mes photographies. Au Studio 54, par exemple, une immense lune descendait du plafond, une cuillère montant vers son nez, et puis il se mettait à neiger. Pot les grandes occasions, c’était un gigantesque cœur, branché sur une prise géante qui se balançait … Tout le monde était beau, tout le monde s’habillait, les femmes se maquillaient, la musique était gaie, pleine de bonheur.

Je m’amusais bien mais j’ai quand même décidé de terminer mes études secondaires en Caroline du Nord, où j’ai réussi à me faire inscrire au lycée spécialisé dans les beaux arts. Une fois mes études achevées, je suis revenu à New York. J’avais dix-huit ans et ‘étais décidé à me lancer. Ma première démarche a été de me rendre au magazine Interview , parce que j’avais rencontré Andy Warhol à un concert des Psychedelic Furs au Ritz. Je portais une tenue « Nouveau Romantique », complètement ridicule : pantalon corsaire et bandeau dans les cheveux. Il m’avait demandé de passer lui montrer mes photos ; je lui avais apporté les nus de mes camarades de classe, et il m’avait dit qu’il les trouvait fantastiques. Cela m’a transporté au septième ciel. Je ne savais pas encore qu’il était capable de montrer le même enthousiasme à la vu d’une biscotte, d’u petit gâteau, n’importe quoi.

Quoi qu’il en soit, Interview a été le premier magazine à publier mes photos et, pendant plusieurs années, j’ai travaillé régulièrement pour eux. En fait, c’est le directeur artistique, Mark Balet, qui m’a engagé. J’y ai beaucoup appris, c’est là que je me suis formé. J’allais dans les bureaux pour manger les restes des somptueux buffets qu’ils organisaient. Ils étaient très gentils avec moi. Toute l’équipe partageait les conceptions d’Andy Warhol, il fallait que tout le monde soit beau dans les pages d’Interview-cela m’a beaucoup marqué. Il m’arrive de demander à ceux que je photographie de faire des trucs vraiment incroyables, mais je veux qu’ils soient beaux.

Mon premier shooting a failli tourner à la catastrophe. Je devais photographier une star de la chanson country. Elle s’attendait à une séance classique. Au lieu de cela, j’avais décidé de la photographier sur le toit de l’immeuble lépreux où je résidais dans l’East Village. Pour y parvenir, il fallait passer par la fenêtre et escalader l’escalier de secours. Les réflecteurs la faisaient larmoyer, ce que je trouvais génial dans la mesure où le titre de son album était « Quand je pleurs… »Et puis le coiffeur n’avait rien trouvé de mieux que de l’écraser sous un espèce de palmier énorme, abominable, un cauchemar ! Je n’ai jamais osé dire ce que je pensais, mais je me suis arrangé pour limiter les dégâts au cadrage. Pour parachever le tout ses cuissardes argentées de Stephen Sprouse se sont enfoncées dans le goudron fondu. La pauvre, elle s’est retrouvait littéralement collée au sol, nous avons alors été obligés de l’arracher à ses bottes.

Elle nous a piqué une crise de nerfs en règles .Je me suis dit que j’étais grillé. J’ai aussi travaillé chez Pucci Manikins. J’ai mis trois mois à apprendre le métier : peindre, à la peinture à l’huile, le visage des mannequins. Tous les jours, nous recevions note lot de tête en plâtre, celles des top modèles de l’époque : Iman, Sarah Capp, Kelly Emberg. Et, un jour, après jour, inlassablement, j’ai coloré leurs visages, leurs yeux, leurs sourcils, leur lèvres. Mes compagnons de travail avaient tous échoué là après une expérience malheureuse dans le monde de la mode – par exemple, un jour qu’elle était ‘stone’, une coiffeuse avait tailladé l’oreille d’un top modèle. Elle préférait les mannequins qui ne se plaignent jamais. Ce n’est pas l’argent qui m’a attiré dans ce métier ; tout ce que j’espérais, je m’en souviens très bien, c’était d’avoir de quoi payer mes factures. Encore aujourd’hui, je suis convaincu que cela n’a rie d’évident. Depuis ans que je suis ici, j'en ai vu, des gens faire irruption sur la scène new-yorkaise, puis disparaître de la circulation...C'est la raison pour laquelle je ne tiens rien pour acquis.

Même si plus personne ne m'engageait, je continuerai à prendre des photos. Tant qu'il restera un exhibitionniste qui aura envie de se faire immortaliser , je serai là.
Je n'ai pas eu de mentor. Mes débuts à New York, Je les ai faits dans les boîtes de nuit, les expos et les chambres noires. J'écoutais beaucoup et je passais beaucoup de temps, tout seul, à développer des clichés, étudier des photos et à lire les bouquins d'Andy Warhol. J'ai toujours aimé les magazines, les vedettes de cinéma, le Pop Art et la mode. C'est de là que je viens. Quand je prends des photos, que je les prépare, que je travaille sur les clichés, je m'échappe, je prends mes distance par rapport au réel. C’est la même chose pour mes photos, elles offrant une occasion d’évasion par rapport à la vie quotidienne. Je remercie le ciel d’avoir une activité aussi créative – de pouvoir laisser libre cours à mon imaginaire, avoir les idées les plus folles, les réaliser, et être publié.

Mes premières œuvres, je les ai voulues très colorées, séduisantes, je m’éloigne délibérément de la réalité quotidienne : la vie est trop triste. A mon avis, quand on feuillette un magazine de photos, on doit pouvoir marquer une pause, s’offrir un peu de beauté. La drôlerie est une forme de beauté : regardez John Belushi, il était beau parce qu’il était drôle. J’ai vécu de nombreuses années ans l’East Village depuis mes quinze ans. En particulier, j’ai habité dans un appartement sans eau, ni électricité, ni téléphone. J’enviais les squatters installés à côte : eux au moins profitaient de ce taudis sans payer de loyer. Je me refuse à y retourner, même pour faire une photo.

J’ai perdu tellement d’amis à cause du sida, d’une overdose d’héroïne, j’ai vu tellement de suicides et d’horreurs que je n’ai pas envie de montrer indéfiniment des bandes de jeunes de 18 ans, le moral à zéro, dans des vêtements coûteux, apparemment au bord du gouffre. Au milieu des années 80, tout le monde s’est mis à s’habiller en noir, depuis on ne voit plus que ça. Je me dis parfois que nous portons tous le deuil depuis dix ans. Et d’une certaine manière, c’est vrai.
En ce qui me concerne, j’ai beaucoup de chance : les magazines pour qui je travaille, comme Détails, Vogue à Paris, The Face et Vanity Fair, me laissent les mains libres. Détails a été le premier magazine à me permettre de faire le genre de photos que j’avais toujours rêvé de prendre. Depuis quelque temps, je fais absolument ce que je veux, même si c’est complètement dingue.

Beaucoup croient que tout se fait sur ordinateur, mais ce n’est pas le cas. Je suis photographe, pas informaticien. J’ai besoin de donner une certaine réalité à mes scénarios, de les matérialiser quelque part, ne serait-ce que pour une heure. C’est autrement plus drôle de photographier du vécu, du réel, que de créer sur ordinateur. Je suis aussi un maniaque de détail. On me dit que je devrais faire du cinéma parce que mes photos ressemblent à des décors de films, et j’aime bien, effectivement, y penser comme à un film, ou à une histoire.

Beaucoup les comparent, eux, à des images en pause sur un magnétoscope.Cela m’ennuie de travailler en studio, avec un fond de papier blanc. J’aime inventer des scènes, je déteste les photos nouvelles qui ressemblent à du déjà-vu.Pour moi, c’est faire preuve de paresse que d’ouvrir un livre d’Avedon et de copier ses œuvres. Pourquoi ne pas apporter des idées nouvelles ?

Quand quelqu’un vient se faire photographier, ça ne m’intéresse pas tellement de le regarder droit dans les yeux pour trouver son âme. Je préfère observer les vêtements, la coiffure. Je crois qu’on en apprend beaucoup plus sur les gens en regardant comment ils s’habillent que ne peut nous en révéler un portrait en noir et blanc, le regard du modèle fixant intensément l’objectif. Il existe une tradition du portrait qui veut que l’on cherche à découvrir la « vraie personne » derrière des fioritures de sa célébrité . Moi ce qui m’intéresse, ce sont justement les fioritures.
Je trouve que les gens ont l’air intelligent quand ils sont capables de se regarder avec humour, et je tente de leur en donner l’occasion. Les photos de la « culture trash américaine », je les ai faites à une période de ma vie où je déprimais vraiment, car j’aime la nature, et je commençais à me sentir frustré.

Quand je pars en vacances, je vais en forêt. ça devenait impossible, partout où j’allais, je retrouvais les fast-foods, les centres commerciaux et les zones industrielles.

Alors, j’ai finalement décidé d’y rechercher des choses que j’aimais. Aujourd’hui, les endroits un peu factices comme McDonald’s ne me dérangent pas, je les contemple et j me dis : « Tiens, je pourrais prendre une photo ici » C’est plein de couleurs, ça a beaucoup d’éclat…Comme l’a déclaré un jour Truman Capote, le bon goût et l’art ne font pas bon ménage. La photo de mode ou de pub s’est toujours cantonnées à la bienséance, montrer le bon côté du décor. Moi je veux montrer l’envers, ou plutôt ses à-côtés. Les photographes passent leur temps à sillonner la planète à la recherche de décors exotiques pour leurs séances de mode, mais il y a toujours un côté artificiel.

Aujourd’hui, on prend son billet pour la forêt amazonienne, on descend dans un endroit aménagé pour les touristes, où ils peuvent se restaurer, acheter des piles de rechange pour leur appareil photo, puis s’entasser dans des funiculaires pour admirer la vue à travers du Plexiglas. Tout compte fait, je préfère célébrer les beautés de l’artificiel. Pourquoi ne pas plonger dans ce qui nous entoure, en découvrir la beauté ? Voire, la créer, la mettre en valeur, modifier la manière dont elle est perçue. Prendre une photo, c’est porter un regard nouveau sur le monde.
Quand j’étais petit, mes parents disaient que je serai un raté. C’est vrai que j’ai travaillé chez Burger King ou Kentucky Fried Chicken et que je me suis toujours fait virer. Sauf que maintenant, c’est moi qui les photographie.

Pour pouvoir photographier une personne, j’ai besoin de trouver en elle quelque chose que l’apprécié. Un jour, j’ai entendu une pute expliquer au cours d’une émission de télévision qu’elle se concentrait sur un détail qu’elle aimait bien, chez ses clients, par exemple leurs chaussures. Et ça l’aidait à faire l’amour. Vous voyez ce que je veux dire ? Même si la personne en question n’est pas terrible, j’essaie de trouver en elle quelque chose que j’aime bien, ne serait-ce que la couleur de son vernis à ongles. Je ne veux ni flouer les gens ni me moquer d’eux. Je respecte mes modèles, (….). Les exhibitionnistes font les meilleurs modèles.

Chacune de mes photos a une aventure, j’ai besoin d’obtenir que les gens me suivent. De convaincre une star ou un mannequin de se mettre à poil, de se déguiser en poulet, de faire des choses abracadabrantes, d’aller à l’encontre des conseils de leur agent.

Je trouve ça fabuleux. J’essaie de créer des images que je n’ai jamais vues. J’ai lu quelque part qu’un photographe, Hiro je crois, avait dit un jour à son assistant : « Si tu as déjà vu quelque part ce que tu vois dans ton viseur, ne prends pas la photo ».

Les Français détestent Disney World, c’est pour ça que le premier endroit où je suis allé faire des photos quand j’ai commencé à travailler pour Vogue, à Paris, c’est Eurodisney. Se servir de ce que les gens trouvent laid pour faire quelque chose de beau, pour moi, c’est le pied. L’inspiration peut jaillir à n’importe quelle occasion ; le plus souvent, dans mon cas, c’est quand je suis avec des amis, en train de bavarder, et on dit en riant : « Et si on faisait ceci ou cela ? », en proposant le truc le plus dingue, l’objet le plus hideux que nous puissions imaginer, pour, ensuite, le métamorphoser, le faire renaitre, beau. A partir de ce moment-là, les gens le verront différemment. Je me refuse à montrer la violence, le sang, le meurtre, qui n’ont rien d’extrême, et font des photos banales, trop semblables à la réalité. A mon sens, il est plus difficile de créer du beau aujourd’hui que de tendre un miroir au monde et lui renvoyer sa propre laideur.

Lorsque j’étais enfant, je me retrouvais souvent bien malgré moi tout seul. Je rêvais d’avoir une bande de copains comme on en voit dans les feuilletons pour pouvoir faire des tas de choses, monter des spectacles dans le jardin, par exemple. Mon rêve s’est réalisé : je travaille très souvent avec une équipe d’amis, ils débordent de talent, nous nous entendons très bien.

A vrai dire, nous avons plus l’impression de rigoler que de travailler. Quand les gens viennent poser, ils le sentent bien. Je m’investis à fond pour préparer le concept de chaque prise et, qu’il s’agisse de Faye Dunaway ou de Kitty G., actrice inconnue de petits films X pour la câble, tout le monde sent que je mets tout en œuvre, à chaque fois, pour réussir une photo mémorable. Une photo que les gens arrachent de leur magazine pour l’afficher sur leur frigo- voilà mon ambition. J’ai toujours considéré les magazines comme des galeries d’art et les réfrigérateurs comme des musées. Lorsqu’une de mes œuvres a l’honneur d’être exposée dans une cuisine, je suis le plus heureux des hommes.

HELGA ET SONJA LACHAPELLE
Sa Mère et sa Soeur
“Maman et moi avons peu de choses à dire sinon que David est un fils et un frère très aimé. Il a un cœur grand comme ça, plein d’amour et de générosité. Enfant déjà, il donnait cet amour sans compter, à sa famille, ses amis, aux animaux. Pendant un moment, il a un escargot dont la coquille s’était fendue, et il lui avait mis un pansement pour qu’il guérisse plus vite. Pour nous, il est avant tout notre fils et notre frère et, ensuite seulement, il est un artiste. Nous l’aimons.

FRED TORRES Manager de David LaChapelle
« Travailler avec David est une sorte de dépendance. On s’habitue à la constante et intense créativité de sa vie quotidienne au point de ne plus pouvoir s’en passer. Il n’y a aucune limite et donc tout peut être réalisé. Les personnes avec qui il travaille tous les jours sont les plus influentes de notre époque et les images qu’il crée acquièrent une valeur particulière. Chaque moment passé avec David au studio est fugace, mais unique et si précieux qu’on veut en collectionner toujours plus, parce que tous ceux qui sont impliqués sont conscients qu’il change la perception que les gens ont de la réalité. »

KUMI GENA TANIMURA Assistante au studio de New York
« Je suis arrivée du Japon avec l’espoir de faire un stage chez LaChapelle, il m’a acceptée et j’y suis depuis plus de six ans. David est incroyable. Il travaille non-stop, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Malgré son emploi du temps surbooké, il est toujours disponible et prêt à travailler quelle que soit sa fatigue après un shooting important. Il s’implique dans tous les aspects des commandes, importantes ou non, et il est au courant des moindres détails de ce qui se passe au bureau ou en studio. Je me demande toujours comment son cerveau peut stocker autant d’informations, et d’où lui viennent ses intuitions créatives et ses idées. Je continue d’apprendre. C’est un énorme challenge, et un plaisir d’être aux côtés de David LaChapelle. Un grand sourire et un vrai bonheur »

CHRISTOPHE BEAUX Président Directeur Général de la Monnaie de Paris.
« David LaChapelle à la Monnaie de Paris sonne comme un tonitruant paradoxe: le trublion aux couleurs criardes dans la vénérable maison classique, un coup-de-poing visuel dans le temple mordoré de l'argent, le sexe et Jésus dans un palais de la République…Mais ce paradoxe n'est qu'apparent. Un grand artiste de notre temps a sa place légitime dans notre institution. D'abord parce que les monnaies et médailles sont depuis l'origine un art de la représentation et de la narration visuelle: la photographie est leur prolongement naturel. Ensuite parce que les artisans d'art que sont nos graveurs, estampeurs et fondeurs ont le même goût de la perfection, du détail et du sens caché. Enfin pare que la Monnaie de Paris, du haut de ses douze siècles, vit pleinement avec son temps et s'ouvre aux artistes comme au public contemporains, sans pour autant être une vieille dame indigne… Telle Elisabeth Taylor ou David Bowie, la Monnaie de Paris est ainsi transfigurée, transgressée et sublimée par l'art puissant de David LaChapelle, dans un maelström dérangeant, un tourbillon des sens et du sens, qui crie vers l'éternité. »

GIANNI MERCURIO Commissaire des Expositions de Milan et Paris
" J'ai rencontré pour la première fois David LaChapelle à Rome, en décembre 2006. Il était venu pour une visite privée à la chapelle Sixtine, poussé par un travail intérieur qui l'aurait amené à modifier le sens de son art, grâce à la rencontre rapprochée et bouleversante avec " le plus grand artiste pop de l'histoire" (c'est ainsi que David définissait Michel-Ange), dans le lieu artistique le plus important au monde.

David LaChapelle n'était pas du tout comme je l'avais imaginé. Il semblait être l'antithèse de l'esprit de consommation: t-shirt et jeans, tous les jours et en toute occasion, aucune concession au paraître, aucune attitude "glamour", aucun intérêt particulier pour le luxe. Finalement, il n'était pas comme ses images surréalistes, bizarres, exubérantes, extrême, grotesques chaotiques et éhontées, auraient pu le laisser imaginer. Je me souviens de l'air confus qu'il avait après le face-à-face avec Michel-Ange (qui ne l'aurait pas eu?) et on percevait que dans sa tête quelque chose était en train de se passer, quelque chose qui aurait créé une des images les plus puissantes de l'histoire de la photographie. »*

SERGE MARUANI ET ALAIN NOIRHOMME Galeristes Représentant LaChapelle pour la France et la Belgique.
"La galerie Maruani et Noirhomme ayant été jusqu'alors concentrée sur la peinture new-yorkaise des années 80, l'arrivée d'un photographe comme David LaChapelle ne pouvait se faire que s'il s'intégrait à l'esprit d la galerie. Toutes les qualités de l'art de David LaChapelle sont en fait celles de l'art américain. Pop dans son essence, il s'intéresse au réel dans sa globalité, la rue, les médias, les icônes et idoles de notre époque. Son art, comme celui de Peter Halley, est coloré, comme celui de Basquiat, il est parfois abrupt voir brutal, comme Richard Prince il réinterprète les images, comme Haring il interagit avec la rue, comme Salle il est en superposition de sens et comme Koons il est outrancier et baroque et provocateur. Comme tous les grands artistes, David est un artiste généreux dans son art et de sa personne. Quand on l'écoute parler ou qu'on regarde les interviewa, on découvre un homme d'une grande clarté de vision et de discours, aux idées claires supportées par une vaste culture artistique. Cela fait de David LaChapelle un homme déterminé avec un sens des valeurs bien hiérarchisé qui nous montre les tensions et les aspirations d'un monde chaotique qu'il contrôle lui-même parfaitement."

STARS
Il existe une tradition du portrait qui veut qu’on cherche a decouvrir « la vrai personne » derrière les fioritures de sa celebrite. moi ce qui m’intéresse ce sont justement les fioritures »
« Toutes les célébrités qu’il a dirigées dans ses photos sont conscientes d’être dans son monde, explique Fred Torres, manager de David LaChapelle. Elles sont sur son territoire et l’idée d’être poussées au-delà des limites les intrigues. Ce qui les exalte n’est pas tant la possibilité de quitter leur confortable condition que le fait de se montrer au monde d’une façon que seul David LaChapelle peut concevoir. Et ainsi leurs images sont plus qu’un portrait, une « time capsule » qui contient l’essence de leur vie. Les portraits des célébrités n’ont pas pour but de se mettre au service de la star, de même que ses travaux commerciaux ou éditoriaux ne sont pas au service de la marque ou de la mode. David travaille selon ses propres conditions. De la même façon, au cours de l’histoire, d’autres artistes ont travaillé sur commande de l’Eglise ou de l’aristocratie » Pour les 30 ans de Photo, en juin 1997, David a réalisé un portrait de Claudia Schiffer alors devenue star. Cherchant une couverture explosive. Eric Colmet Daage imagine à la dernière minute de faire se rencontrer la très classique blonde et le fantasque photographe. Claudia était partante, donc coup de fil en fin de Journée à David « Demain, à 9 h. Claudia Schiffer arrive dans ton studio à New York pour faire la couverture avec toi. OK ? » Deux jours plus tard, la photo arrive, personne n'avait jamais vu Claudia aussi débridée! Elle adore et nous aussi. Une image qui fera le tour du monde et qui représente le talent et la réactivité de David, sa fidélité et son amitié à Photo.

ART
"Aujourd'hui il me semble être au début de ma carrière artistique, au début d'une nouvelle façon de travailler, de voir les choses et de vivre"
Depuis trois ans, David LaChapelle se consacre entièrement à ses projets artistiques. " Déluge" a marqué sa nouvelle inclination et fut présente dans une magistrale exposition au Palazzo Reale de Milan en 2007. "C'est une renaissance! David n'avait plus rien à raconter dans les magazines et cherchait un nouvel horizon pour exprimer ses idées" , explique Fred Torres, complice du photographe depuis de 15 ans, il gère et promeut aujourd'hui l'art de David LaChapelle dans le monde. "Il ne manque jamais d'idées pour ses nouveaux projets, qu'il a développés durant ces dernières années dans toutes les directions possibles. Sans l'art, il serait perdu, parce que son bonheur consiste à pouvoir montrer sa créativité. Il a une façon de penser à laquelle on n'est pas préparé. Il observe la réalité avec l'innocence d'un enfant et il la traduit en des images apparemment complexes, mais qui sont en réalité ironiques et faciles à comprendre (…) Pour la première fois depuis le milieu des années 1980, il est libre de photographier sans aucune restriction publicitaire ou commerciale. Sans ces limites, il a réalisé ses images les plus minimales et spirituelles. Ses sujets de "Awakened" sont en sécurité. Ils sont arrivés au point ou ils pensaient arriver. De même, David lui aussi est arrivé à une phase de sa carrière à laquelle il avait toujours aspiré. Les photos des stars et les extraordinaires images qui nous ont accompagnés jusqu'à aujourd'hui l'ont aidé à être l'artiste qu'il est devenu. Le monde commence seulement à voir la créativité dont il est capable. Je crois que le meilleur reste à venir".

TONY SHAFRAZI Galeriste de David LaChapelle a NewYork.
"Il y a plusieurs années, tard dans la soirée , Je crois que c'était en 1993, j'ai reçu un coup de fil très excité de Naomi Campbell: elle me disait de venir en urgence au studio de David LaChapelle , ajoutant que c'était un grand artiste dont j'allais absolument adorer le travail, et qu'il fallait que je me dépêche de venir. A la demande pressante de Naomi, j'ai donc enfilé des vêtements et je suis allé au studio où je les ai trouvés en plain milieu d'une grosse prise de vue- et je suis entré de plain -pied dans le monde fantastique de David LaChapelle. Même à ce premier coup d'œil , ce monde de quasi "guerilla" et cette façon quelque peu subversivement "Indépendante" de faire des images me semblaient familiers, comme les quelques expériences de prise de vue que j'avais connues moi-même en 1974. Or il se trouve que quelques années auparavant, au milieu des années 80 quand David était jeune homme, il venait souvent dans ma galerie, il aimait les expositions, spécialement l'art et l'esprit de Keith Haring, ainsi que d'Andy Warhol avec lequel il avait commencé à travailler. Peu de temps après, nous avons travaillé ensemble.

IN BED WITH LA CHAPELLE. Une interview exclusive ou l'artiste se met à nu..
Paris, 4 février 2009, jour du vernissage de sa rétrospective à La Monnaie de Paris. Nous avons rendez-vous à l'Hôtel Bel-Ami dans le 6 arrondissement. La veille, dès son arrivée a Paris, David est venu à la rédaction regarder le déroule de son numéro. Il est satisfait, même ému. Alors nous aussi. Très professionnel, il a détaille chaque thème, s'est emballe pour certaines maquettes, en a rejeté d'autres (sauf si on y tenait). Nous a proposé de nouvelles photos. A pris les ciseaux pour découper et créer des face-à-face …Une fois le travail terminé, tout le monde s'est détendu en regardant le poster des couvertures de Photo et en se plongeant dans d'anciens numéros. Son implication et sa simplicité nous ont confortés et touchés. On s'est remercié mutuellement. Aujourd'hui place au texte. David finit son petit déjeuner, s'excuse de ne pas être très en forme, et me demande si on peut faire l'interview dans sa chambre. Pas de problème. Arrivé à destination il se glisse dans son lit et refonte sa couette sous son menton. A mon tour de le coucher sur papier. J'appuie sur la magnéto. C'est parti pour une heure de sincérité et de générosité
David LaChapelle, sa première rétrospective on France a lieu on ce moment a La Monnaie de Paris, grand battement du XVIII siècle situe prés de la Seine.En es tu satisfait? Je dois avouer que c'est excitant! Mais, en fait, il ne s'agit pas vraiment d'une rétrospective de mon travail. J'y présente 200 photos. La moitié sont des images connues et certaines encore jamais vues. Ce qui me plait dans La Monnaie de Paris, c'est que cet endroit n'est ni véritablement un musée, ni une galerie, mais plutôt un lieu alternative.

Interview correspond à votre premier travail et première publication - des nus en noir et blanc. Que vous a laisse ou appris Andy Warhol? En me laissant le côtoyer et graviter dans son environnement, j'ai vu l'absurdité, la bizarrerie et la cruauté du monde. Les vernissages d'Andy Warhol étaient bourrés de monde mais les critiques le descendaient. A New York, les gens étaient grossiers avec lui, ils le jugeaient lui et son œuvre vulgaires, alors ou en fait il était tout le contraire, généreux, présent et accessible …C'est un héros de l'art! Aujourd'hui, il est reconnu comme l'un des artistes les plus influents du XX siècle mais ce n'était pas le cas de son vivant, J'ai réalise les derniers portraits de lui en 1987. J'ai été le témoin des nombreuses humiliations qui lui ont été inflige et j'en garde le souvenir amer. C’est pourquoi aujourd'hui je veux continuer mon travail photographique le présenter ici en France et aussi à Mexico - avec un peu de chance les gens le comprendront et mon travail les touchera - et puis je repartirai dans ma ferme à Hawaï.

J'ai beaucoup aime Jean-Paul Goude et Guy Bourdin quand j'étais jeun. Je découvrais leurs photos dans Photo, que je dénichais à New York. Je suis un fan de votre magazine depuis que je suis adolescent, dévorais les portfolios bien si je ne comprenais pas le texte. Ma culture photo vient de Photo. Mais ce qui m'a toujours passionne c'est de réaliser des images pas encore jamais vues.

Mon inspiration dans les images des autres mais dans mon imaginaire à moi, dans mes rêves, dans mes fantasmes. Mon style, ce sont les autres qui le définissent âpres. Maintenant, nombre de mes travaux ont été inspiré par des courants artistiques divers. J'ai dévore les livres d'Andy Warhol et je me suis imprègne du Pop Art, dont il était le pionnier. Pour moi, le Pop Art est un mouvement accessible, il touche tout le monde et parle de ce qui intéresse les gens .Michel-Ange et sa chapelle Sixtine à l'origine de mon "Dèluge"!

Tu es passe du portrait à la mode, à la pub, et maintenant tu t'immerges dans l'art. C'est un nouvel univers? En fait, j'ai commencé par là! Dans les années 1980, je ne voulais pas travailler pour les magazines, je voulais exposer mes photos dans les galeries et c'est ce que j'ai fait! En 1984, j'ai eu ma première exposition dans une galerie new-yorkaise, la 303. Je vendais mes photos 400 $ mais j'avais peu d'acheteurs…Il s'agissait de photos noir et blanc.Il m'a fallu du temps pour comprendre pourquoi je suis passé à la couleur.J'avais 19 ans quand mon petit ami est mort du sida. Il en avait 24. J'ai passé des années certain de mourir un jour du sida. Et mes photos étaient noires au sens propre et au figuré. Et puis un jour, j'ai fait des tests et ils étaient négatifs! Un énorme poids qui m'oppressait depuis des années a soudain disparu! C'est à ce moment-là que je suis passé à la couleur, mais je ne l'ai réalise que bien plus tard.

En travaillant sur la maquette de ce numéro, tu nous expliquais que tu avais arrête les photos de stars et de mode pour te consacrer pleinement à tes projets artistiques.Je continue à faire de la publicité et j'aime ça. En revanche, j'ai arrête de faire du portrait et des sujets pour les magazines, Je l'ai fait et ça a été formidable, mais tout à coup je n'avais plus rien à raconter, je ne m'y amusais plus, ça ne m'intéressait plus; il fallait que j'arrête. J'étais au beau milieu d'un clip de Madonna quand j'ai compris, comme une évidence, qu'il fallait que je tourne la page pour aller vers autre chose.

L'univers de tes images est coloré, pêchu festif, délirant, percutant. Tes dernières photos artistiques sont plus douloureuses. "Déluge", "Fin du monde", Destruction et désastre" …Où est passées ta joie? (Sourire) Se remettre en question n'est pas sans douleur. Je pense que ces photos marquent une rupture avec mon précédent travail mais préoccupations, de mes interrogations, de celui que je suis aujourd'hui. Je me pose des questions sur le sens de la vie, sur ma propre spiritualité, et sur façon dont on vit."Déluge" symbolise l'overdose d'un monde envahi par le matérialisme.
Dans tes interviews, tu es d'une franchise et d'une lucidité rares. Tu dis facilement que tu t'es prostitué. Beaucoup de gens le cacheraient. Tu n'as pas peur de casser ton image?Qu'est-ce qui te fait dire que j'ai arrête? Et de quelle image parles-tu? (Sourire).L'un de mes livres s'intitule "Artistes and Prostitûtes" parce que je suis l'un et l'autre, parce que tout le monde est l'un et l'autre, parce que je pense que la prostitution peut devenir une forme d'art et inversement. Parce que ce sont deux fonctions indissociables et indispensables à nos sociétés. Non, c'est tout le contraire! Si tu veux être créatif, il vaut mieux oublier la drogue, qui t'éloigne de ton but. S'il suffisait de se droguer pour être un génie, alors le monde entier serait génial, non?

Ton équipe est comme une famille, tu sembles très fidele, ils ne changent pas beaucoup. Parle-moi d'eux.Oui, c'est vrai. Je travaille avec les mêmes personnes depuis longtemps, comme avec certains modèles d'ailleurs. C'est mon petit monde à moi. Ils tiennent une place très important dans ma vie. Chacun a son rôle et quelquefois on permute.

Je dis souvent que parfois je suis le papa qui dit à chacun ce qu'il doit faire, parfois je suis la maman et parfois je suis le bébé capricieux! Imaginer et construire des décors géants - car tout existe, ce ne sont pas des inventions sur ordinateur- les plonger dans l'eau, mettre en scène plusieurs modèles… c'est un acte de création que je partage avec cette famille que je me suis faite et le partage est sans doute en photo le moment qui donne le plus de satisfaction. Interview réalisée par Agnès Grégoire pour Photo en février 2009.

SOUVENIRS D’AMERIQUE. Un album photo des années 70 revisité sans concession par David LaChapelle.
Toute les images de cette section été achetées d’occasion. Ce sont des photos des années 1970 qui représentent des groupes d’amis lors de réunions de famille ou d’autres occasions ; LaChapelle joue avec ces photos en insérant des objets et des personnes n’ayant rien à voir avec les photos d’origine, par exemple des armes, des drapeaux, symboles du pouvoir américain, ou des personnages aussi improbables que son jeune et séduisant assistant de studio qui rassemble à Ken, le fiancé de Barbie. Des hommes et des femmes de tous les âges, dans des poses désinhibées trinquent avec des bouteilles d’alcools forts dans des scènes de joie excessives même devant leurs enfants, dans les chambres à coucher comme dans des salons, entre nappes aux couleurs américaines et tracts de propagande guerrière. L’atmosphère joviale dont sont saturées ces images est parsemée d’indices qui trahissent les germes d’une crise sociale. Les années 70 signe le déclin du prétendu « Rêve américain » et LaChapelle souligne les contradictions d’une classe – en particulier la classe moyenne des banlieues – qui vit e conflit constant avec ses sentiments nationalistes, se débattant entre pacifisme et interventionnisme. Le photographe ne dévoile pas jamais dans ces scènes quels sont les éléments originaux et les contrefaçons, à l’exception du slogan – évidemment actuel-« Bush Kills. Drop Bush not bombs »(Bush tue. Jetez Bush pas les bombes), imprimé sur le T-shirt d’une vieille dame. Une telle réserve permet de ne pas compromettre ce que lui-même appelle « la magie de l’ensemble » et rend évidente la continuité entre passé et présent faite d’analogie et d’incongruité.

MODE
Le monde coloré, drôle e percutant de David LaChapelle est arrivé comme une tornade dans les magazines de mode. Il y avait 32 ans et apportait avec lui sa culture de l’esthétique pop art et son plaisir de créer. Details, Vogue, Vanity Fair, The Face ne s’y sont pas trompés et lui ont donné carte blanche, impossible de faire autrement! James Truman, directeur de rédactions des publications Condé Nast jusqu’en 2005 a qualifié le travail de David « surréaliste très contemporain. Son travail relevant du dadaïsme, du surréalisme, du kitsch des années 50, du mauvis goût des années 70 et de la cyberculture des années 90! » Et les images sont nouvelles du jamais vu ! « Un jour, raconte David, un couturier m’a dit qu’il n’y avait plus rien de nouveau à créer, que tout le monde copiait tout le monde. Ce n’est pas toujours vrai. E tout cas pas chez moi! » Si David « convoque » plateaux, costumes, modèles et accessoires très élaborés pour composer ses images (on dit qu’il a utilisé jusqu’à onze décors complètement différents pour un sujet en une seule journée), il considère que ce n’est que le début. L’image est ensuite peaufinée pour obtenir exactement ce qu’il veut. « Il n’y a rien de plus rasoir au monde que la fille superbe sur une plage superbe dan une lumière superbe ! A partir du moment où vous montrez le bikini, pourquoi ne pas mettre la fille à cheval sur u papillon ou en amazone sur une chenille géomètre. » De 1995 à 2005, il a aimé la mode. Aujourd’hui, il en veut plus faire. Dommage !

JESUS, l’illumination viendra de l’art
Jésus est à l’origine de nombreuses images de LaChapelle. Il lui a même consacré une série : « Jesus is my Homeboy (Jésus est mon voisin) ». Sa prédilection pour les thèmes du transcendent, comme la présence du divin dans des lieux quotidiens et l’inéluctable moment de notre mort, montre à quel point la spiritualité est fondamentale dans son œuvre. « Je préfère vivre avec l’espoir et la fois dans la bonté des gens, plutôt que dans une forme de désespoir. Aussi, il m’est important d’aller vers l’inconnu, de l’accueillir. C’est ma définition de la foi. Aux États-Unis l’approche de Jésus a été pervertie par les fondamentalistes avec lesquels je suis en désaccords. Ce qui m’intéressant ce sont les enseignements originels de Jésus. »
STEVEN PRANICA agent international et manager de David LaChapelle
« Provocant, controversé, prolifique, séduisant…Voici quelques mots qui définissent le style artistique de LaChapelle et aussi l’amitié et la relation professionnelle – je suis son agent à l’international-que j’entretiens avec lui depuis quatorze ans. En tant que l’an des plus grands novateur contemporains dans le domaine de l’art. LaChapelle montre depuis toujours une capacité rare à analyser, traduire, enregistrer toute les facettes de la culture pop. En utilisant une palette changeante d moyens d’expression. Ses visuels groupent les fantasmes du luxe et l’évasion, tout en répondant à l’instable appétit du spectateur pour une œuvre significative d’un point de vue artistique. Œuvre qui constitue un commentaire dense, élaboré, ironique et pourtant incisif un reflet des courants souterrains des événements de notre époque. Ses tracé implacables de notre paysage culturel au cœur de notre société, dessinent une anatomie incontestable de la psyché de la culture pop, qui nous permet d’appréhender notre histoire culturelle omniprésente avec une nouvelle clarté. Qu’il explore les icones magnétiques des grands médias ou qu’il sonde les frontières subculturelles, la contribution de LaChapelle au maintien du dialogue artistique a transcendé et redéfini le processus créatif d’aujourd’hui pour une nouvelle génération d’artistes. En retour, il élève l’œuvre qu’il laissera en héritage au rang d’icône pop ».

PATRICK TOOLAN Directeur d’exposition de David LaChapelle
« Une certain magie entoure une prise de vue de David LaChapelle. Comme o peut le voir sue le résultat final, ses mises en scène fantastiques sont pleines de vie pendant le shooting. David crée ses fantasmes et les photographie. On peut vraiment ressentir la beauté en train d’être crée, parce que tout ce dont le spectateur voit sur l’image se passe réellement devant vos yeux. »

CHAD FARMER Directeur de création et président de Lambesis
« La première fois que David et moi avons travaillé ensemble, c’était dans son studio à New York, dans le Village, il y a une dizaine d’années environ. On prenait u café avec Amanda Lepore et Richie Riche, on commentait les couvertures des magazines français des années 70, on était dans une pièce aux murs couvert de seins…On trainait dans beaucoup d’autres pièces aussi... Et puis les flics se sont rués dans le studio, ils poursuivaient quelqu’un … pas besoin de vous en dire plus, ça a collé tout de suite, et on a réalisé plein de projets ensemble depuis. »

JOHN SCHOENFELD Producteur de David LaChapelle
« David est toujours en éveil, il enregistre en permanence tous les détails de la vie, il digère ses expériences et utilise sa créativité pour transformer une vision qui n’appartient qu’à lui. C’est formidable pour moi de participer et de contribuer à son processus créatif. J’espère que cela lui fait autant de plaisir qu’à moi. David réfléchit énormément à son travail avant le shooting, mais je suis impressionné ^par sa façon de faire dès que ça commence. C’est à ce moment précis qu’il se révèle, donnant à son œuvre toute sa dynamique. Il est direct et inspiré. »

JAMI GLASSMAN Directeur du service création de Lambesis
David est un des artistes les plus inspirants et visionnaires de notre époque. Il aime le beau d’une manière si différente des standards conventionnels! Quand vous regardez son travail, vous ne réfléchissez plus au sens de ce que vous voyez ni à la manière dont vous le voyez. Et bien sûr, son studio est exactement comme ses photos-musique démente à fond, murs peints, et vous y retrouvez tous ceux avec qui vous adorez être… »

GARRET SUHRIE Manager du studio de David LaChapelle e Caifornie à Los Angeles.
« Tout au long de sa carrière, David LaChapelle a fat plus que créer un nom, il a crée une marque, une culture. Alors que tout le monde croit cerner son style et l’esthétique LaChapelle, il est constamment en train de se réinventer, toujours en perpétuelle évolution, comme tout grand artiste. Il a dépassé les limites du langage de la mode et la célébrité. Il revient à ses racines, vers les galeries et les musées. Avec enthousiasme déridé et son absence d’inhibitions créatives il y a plein de choses passionnantes qui s’annoncent dans l’univers du LaChapelle Land.

PAMELA ANDERSON Actrice
« Dans le monde survolté du show business, les mots ‘unique’ et ‘génie’ sont tellement galvaudés que je les évite. Pourtant, quand j’essaie de décrire ou d’expliquer mon cher ami David LaChapelle, ces expressions sont totalement incontournables. Il y a une énergie créatrice si extraordinaire, une vision si puissante et une détermination si artistique dans sa recherche de beauté, d’humour, d’ironie, de pertinence et aussi simplement de plaisir pur, qu’il n’y en a pas d’autres. Son œuvre est toujours source de joie et d’inspiration et provoque souvent une véritable épiphanie ! Et je l’aime ! Nous sommes bien sûr les meilleurs copains et de temps en temps, c’est vrai, nous faisons des sottises ensemble! »

BENEDIKT TACHEN Éditeur
« Je pense que David LaChapelle est le photographe vivant le plus populaire au monde. Son travail possède un énorme pouvoir d’attraction universel. Les jeunes, les branchés la classe moyenne raffinée, le milieu gay…tous connaissent et apprécient son travail. Aucun autre photographe n’a réussi cet exploit ! »

JEFFREY KEYTON MTV Networks
« Peu d’artistes m’ont autant inspiré que David. Sa créativité débridé est contagieuse, sa passion profonde et sage. Et je n’oublierai jamais qu’il m’a soutenu à un moment où j’étais e panne dans ma créativité, en me donnant sa lumière, son cœur et son âme. »

BERNIE HOGYA Directeur de création pour Lowe New York
« J’ai entendu un jour cette expression ‘ une idée, c’est comme une boule de neige passée de mains chaudes en mains chaudes.’ Donc si vous avez une grande idée, vous devez tout mettre e œuvre pour la réaliser au mieux. C’est pour cela que pour moi, la meilleure voie vers le succès est de s’allier les plus grands talents au monde. Et c’est pour cette raison qui encore et encore je fais appel à l’immense talent de David. J’ai eu l’idée de la célèbre campagne ‘Moustache de lai’. C’est une idée formidable parce que non seulement depuis des années elle fait vendre beaucoup de lait, mais aussi pace qu’elle reste une des campagnes les plus emblématiques et populaire d’Amérique. De nombreux photographes accomplis se spécialisent dans le portrait de stars. Mais il n’existe qu’un seul David LaChapelle. C’est un original. Un visionnaire. Un personnage unique. Les créatifs ont tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, mais elle est d’abord un outil commercial. C’est du business. Il y a u produit à vendre, une stratégie à mettre en œuvre et les besoins d’un client à satisfaire. David sait faire tout ça, et en même temps il est imaginatif, artiste. Il lance à chaque fois le défi ‘d’oser plus loin’’. Ses photos se gravent dans la mémoire. Elles sont là quand tout s’arrête. Ses choix artistiques, ses couleurs vives son vocabulaire, son seins aigu du design et sa compréhension subtile de ce qui fait quelque chose de grand, ce sont ce qui le distingue des autres photographes. C’est un grand honneur pour moi d’avoir travaillé avec David LaChapelle et je suis impatient de commencer un nouveau projet avec lui. »

VICTORIA FRAZIER de HBO Networks
« J’adore David LaChapelle. Dès que j’arrive au studio, il faut que je le voie. Je veux voir ce qu’il porte, entendre ce qu’il va dire, le voir danser, rire et travailler. Avec lui, je me sens comme un enfant et j’en vaux toujours plus. Et j’en ai toujours plus. Vous vous retournez et vous découvrez un nouveau décor incroyable, que David a mis e lace dans la nuit et qui est si vivante, si aimée. S’exprimer est un art. David n’a pas peur de ce qu’il exprime, de son amour, je le sens. C’est réel. Mon shooting préféré est celui avec le serpent de mer de 5 m de haut que David avait construit et posé dans l’océan, chevauché dans les vagues par une célébrité. Ils auraient pu s’électrocuter mais pour une photo, rien n’arrête David ! »

GERARD RANCINAN Photographe
« La rédemption de David. Quand David est sorti de l’eau, enfin je veux dire quand il a remonté à la surface, si légèrement, qu’entre deux eaux sa silhouette ondulait comme mole, j’ai vu en lui ce que j’étais venu chercher de si loin; un ange trop grand, un être vivant, une forme naïve imparfaite, faite de deux bras largement écartés, de deux jambes tronquées, d’une tête sur laquelle était vissée une casquette à la visière sur le côté, un homme souple, flottant, timide, beau comme un poisson d’argent s’échappant d’un univers cruel fait de boulles et de facettes, de femmes fétiches, d’égo puants, d’âmes brûlées, d’espoirs fracassées, de rues trop longues, de maisons en carton, de stars en papier, de crépuscules assassinés. Des bulles à la surface j’étais ébloui, la lumière éclatait le ciel, déchirait l’eau, alors David jaillit du liquide sacré dans le rire d’un enfant ne, dans la joie d’un homme qui a enfin découvert la mensonge de l’apparence… »

INGRID Directrice de 212 Productions
« Plus qu’un monde de couleurs et de photographies fascinantes dont o devient accro l’œuvre de David LaChapelle inspire des générations entières, ce qui prouve que l’art n’est pas seulement en chacun d’entre nous mais aussi pour chacun d’entre nous. Les photographes de LaChapelle nous enchantent par leur interprétation contemporaine colorée et visionnaire mêlée de Pop Art. Très peu de photographes atteignent cet accomplissement tant ses images artistiques reflètent la sensibilité et la profondeur de son intelligence. »

VICTOR Directeur de création à New York
« Au fil de ma carrière, peu de personnes m’ont autant inspiré que David LaChapelle et collaborer avec lui est pour tout artiste, un rêve qui devient réalité. Et, sans nul doute, c’était aussi le mien. Côtoyer l’esprit de ce génie des temps modernes c’est trouver un monde où Caravage et Vermeer se rejoignent pour créer un univers au-delà de la réalité et de la beauté, ou l’art rencontre la culture moderne. Il est certain qu’il continuera à nous influencer tous pour de nombreuses années encore. Merci David de nous permettre d’expérimenter le monde au travers de ton incroyable vision. »

SA PUB
Créer des pubs a toujours été pour David LaChapelle une aire de jeu extraordinaire, une plage de créativité totale. On donne carte blanche à LaChapelle parce que ce sont les marques qui entrent dans son monde et no le contraire. C’est d’ailleurs pour cette raison que le photographe accepte encore aujourd’hui de réaliser certaines campagnes. Il connaît bien le pouvoir de diffusion et de communication d’une marque et il sait que c’est aussi un excellent moyen de faire passer son message, ses valeurs, sa vision du monde. Fred Torres, avec qui il travaille depuis 15 ans, nous le confirme. « La façon dont David réussit à trouver des personnes qui ont la même passion que lui et un même confiance en sa façon de regarder le monde est géniale. David met en avant et combine les qualités extraordinaires de chaque composant du groupe avec lequel il travaille pour réaliser des œuvres particulières. Il a travaillé avec des personnes de tous types, des personnes de toutes races, de toutes religions et inclinations sexuelles. Aussi bien ceux qui sont devant l’objectif que ceux qui l’aident en coulisse constituent un point de rencontre d’expériences et d’idées. Ils sont unis par cette expression qui reflète la façon de penser de David : « Plus on est mieux c’est ». David permet réellement aux exclus de briller : dans son « île pour jouets défectueux » peu importe qui tu es, il faut simplement que tu puisses participer activement au projet. De ses photos émerge une réalité marquée par la tolérance et il est stimulant de penser qu’il existe la possibilité d’intégrer à la perfection toutes nos différences. La 1re mage à laquelle j’ai travaillé en 1994, « Diesel Jeans, Victory Day 1945 » me l’a confirmé. La photo montre le baiser de deux marins durant les festivités du ‘Victory Day’ de a Deuxième Guerre Mondiale. Pour les jeunes homosexuels, voir une telle publicité des jeans Diesel sur les magazines signifie pouvoir se sentir accepté pour ce qu’ils sont. Avec ses images, David non seulement montre un monde alternatif dans lequel cette réalité est acceptés, mais il l’étend également à notre monde, faisant en sorte que cette acceptation devienne réelle. Ainsi, à travers les marginaux, il réussit à apporter son message à des millions de personnes. Ce qui rend sa voix différente des autres, c’est le fait qu’il donne au monde ce dont le monde a besoin et au moment où il en a besoin, et no ce que le monde veut au moment où il veut. C’est en particulier pour cela qu’il est imbattable. »

ADELINE DESJONOUERES Directrice Internationale de Passionata.
"Nous avons fait appel à David LaChapelle pour mettre en scène un conte moderne où la passion se mêle à un soupçon de danger. C'est lui qui a apporté L'idée de l'étain en glace qu'une sublime créature (Isabel Fontana) fait fondre de sa douce étreinte. Il a souhaité que l'exécution soit la plus réaliste possible, il voulait la copie exacte d'un vrai pur-sang, le Black stallion en taille réelle. Un sculpteur de glace a ainsi réalise 3 étalons éphémères de 160 kg chacun que l'héroïne fera fondre de plaisir !C'est cette patte unique, cette force de l'idée visuelle qui définit bien le travail de cet ardent artiste surdoué pour la passion" Ecrit pour Photo en février 2009

DAVID SIRIEIX Directeur de création de passionata
"C'est un Grand Artiste - et un de ces oiseaux rares car pluridisciplinaire. Son talent et ses créations sont disruptives; il expose dans ses fresques et sculptures les grandes questions que tant de grands écrivains (Kafka, Cocteau) philosophes, peintres (Salvador Dalí) et réalisateurs (Mel Gibson, Jean-Luc Godard) ont étudiées.
Je crois qu'il peut devenir le Dalì américain. Il est tenace mais très personnel, il ne cherche pas à plaire mais à créer, il est talentueux et ambitieux . J'aimerais le voir à cote des artistes les plus connus- il a encore beaucoup de temps pour achever son œuvre - comme Picasso l'a si bien dit:" Quand j'avais 14 ans, je pouvais peindre comme Michel-Ange, ça m'a pris toute une vie pour peindre comme un enfant".Etre aussi reconnu comme un artiste à part entière, pour un photographe, c'est génial- mais lui "artiste génial" il l'est, depuis toujours"
Ecrit pour Photo en février 2009

ANTOINE LESEC Directeur général de TBWA/consulting
"Parfois, on rêve de travailler avec un créateur. Puis, vient le jour ou un miracle se produit. Ce Jour-là, Perrier-Jouet demande à l'agence de les aider à concevoir un objet collecté pour sa cuvée Belle Epoque. Notre idée est de réinterpréter les anémones, symboles de la marque depuis leur création par Emile Gallé en 1902, La photo semble être un medium innovant pour traiter cette image iconique.
On imagine un "beauty shoot" alternatif conservant le style et l'esprit si particulier de la marque…Il reste à trouver l'artiste pour toucher au symbole et en donner une vision inattendue. Selon nous, David LaChapelle est le créateur rêve pour ce projet. On lui propose sans trop d'espoir. Enthousiaste, il donne son accord sans attendre. Sa proposition: traiter la bouteille comme un modèle au milieu d'une scène de vendange dionysiaque. Le visuel est réalise dans la foulée dans ses studios de New York. Il répond exactement à ce que nous imaginions. Dans ce cliche, il y a une jubilation qui illustre toute l'essence et la magie du produit. Au final, une nature morte bien vivante dans le pur style de son créateur et le respect de la loi Evin! David a ce génie de la composition, du détournement, du "jamais vu". C'est décale, ludique, mais toujours conceptuellement et visuellement très fort. Alors pour magnifier l'intention de David, nous avons réalise un coffret ou l'œuvre prend son sens et étant reproduite sur un tablier vendangeur édite à 300 exemplaires. Parfois, on rêve de retravailler avec David. Mais cette fois on croit aux miracles!"
Ecrit pour Photo en février 2009

AMANDA LEPORE
Amanda Lepore fait partie du petit monde David LaChapelle, de sa famille et donc de ses photos. Elle jalonne la carrière du photographe et figure sur bon nombre de ses images les plus connues. C’est elle sur l’affiche de son exposition à la Monnaie de paris. Pour Photo, elle s’est laissé interviewer et dévoile ici son histoire. Il était une fois, dans les années 70, Armand, un petit garçon d’une famille du New Jersey., mal dans sa peau et fan des films de Marylin Monroe, Rita Hayworth, Elisabeth Talyor. Il collectionne les « pin-up magazines » où il admire Betty Page et ses consœurs effeuilleuse. Dès l’âge de 11 ans, il prend conscience que son identité sexuelle n’est pas la bonne. A partir de 15 ans, les hormones et un sens aigu de la mode et du costume le transforment peu à peu en cette créature « over » féminine. A 17 ans, il devient enfin une femme. Il veut ressembler aux icones de son enfance et recourt à la chirurgie plastique pour y parvenir. Commence alors une carrière de show-girl et de modèle pour de prestigieuses marques. La rencontre avec LaChapelle est décisive : il lui donne la possibilité d’exprimer sa démesure et perçoit, au-delà de son extravagance plastique, un être sensible et lumineux, Interview.

Interview exclusive avec la muse de David LaChapelle : Amanda Lepore.
Quand et comment avez-vous rencontre David LaChapelle? J’ai rencontré en 1996 à New York, dans mon night club. Il m’a remarquée et a bien aimé mon look, la manière dont je marchais, la particularité de mon corps. Il m’avait déjà vue dans des magazines, sur des images et il se demandait qui était cette « fille » au visage si incroyable, avec des pommettes très rondes et saillantes, une bouche extra-pulpeuse, un style différent. Il s’est dit :’J’ai besoin de cette fille pour mes images ‘ Il a fait un premier portrait de moi et j’ai pensé ‘wouah’!.

Quelle a été votre 1ère photo avec lui ? C’est une photo pour Visionaire. Provocante bien sûr. Elle fait partie de la série « Dites-le avec des diamants ». J’incarnais une infirmière, entourée de trois mannequins, deux femmes et un homme, je portais un bébé et j’imaginais que j’étais enceinte !

Que pensiez-vous à ce moment du travail de David ? Travaille-t-il encore de la même manière ? Il venait d’être élu Photographe de l’année par la chaine de télévision américaine VH-1. Je savais donc qu’il était connu. Mais je ne savais rien de lui en particulier, ni d’ailleurs d’autres photographes. Nous n’avons pas travaillé ensemble depuis un bon moment, mais voilà quelques semaines nous avons fait trois nouvelles photographies. Il est toujours très attaché aux détails, aux décors d’arrière-plan, il n’utilise pas Photoshop. Les thèmes qu’il affectionne dernièrement sont plus profonds : l’art, l’au-delà, le paradis, mais aussi ce qui se passe dans le monde, et en particulier les désordres causée par l’homme à la nature.

Vous faites partie intégrante de l’univers de David LaChapelle. Êtes-vous proche de lui dans la vie privée? Oui, absolument. Nous nous parlons comme des amis très proches depuis toutes ces années. Nous nous promenons souvent ensemble. Il est très attentionné. Je le considère comme un membre de ma famille.

Vous avez fait des photos avec Pierre & Gilles. Aimez-vous aussi leur univers ? Leur façon de travailler est-elle différente de celle de David LaChapelle? Oui leur univers est si particulier et incroyable. Leur monde est peut-être plus coquin et kitsch que celui de David. Pierre & Gilles proposent un monde idéal, étincelant. Ils sont plus dans le rêve que David. David n’est pas seulement un photographe, mais bel et bien un artiste. Dans ses images il a aussi une vision de peintre.

Qu’avez-vous appris à son contact ? J’appris tant de choses avec lui ! Mais il m’a surtout donné confiance en moi et il m’a aidée à voir les choses de manière plu légère. Il m’a aidée à survivre en fait. Il est très protecteur avec moi. C’est grâce à la confiance qu’il m’a témoignée que j’ai réussi à monter sur scène, à faire des shows et à voyager dans le monde entier.

Qu’est-ce qui vous a conduit à être la femme que vous êtes aujourd’hui avec cette poitrine surdimensionnée, cette bouche ultra-gonflée, ces pommettes prédominantes et tous ces attributs d’extra- féminité ? Après mon opération, j’étais heureuse d’être devenue une femme. Je me sus mariée avec l’homme avec qui je sortais à l’époque.

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