Artravel June - August 2013

Pour sa première exposition à la galerie Templon à Paris, le photographe David LaChapelle présente deux series de nature mortes iconoclastes réalisées à partir de statues de cire démembrées et vandalisées, archetypes de notre obsession de la beauté et de la célébrité.

Cette exposition est née quand vous apprenez l’effraction et les actes de vandalisme commis au musée de cire de Dublin en 2007. Qu’est-ce-qui vous a attiré dans ce fait divers?

David LaChapelle: Sur les conseils d’un de mes amis, je me suis rendu en Irlande. En voyant les têtes des mannequins de cire, j’ai faire une série. Ce fut très intuitif et ce n’est qu’une fois terminé que j’ en ai saisit le sens et la comprehension complète. C’est difficle à expliquer, mais j’ai toujours été fasciné par les facsimilés, les copies ou les sosies. À tel point que j’aime plus la petite Tour Eiffel de Vegas que la vôtre! Les statues de cire représentent notre fascination pour les stars que nous vénérons, à l’instar des divinités de l’antiquité. Je me suis donc rendu dans d’autres musées de ce type, notamment à Hollywood. Le plus étonnant à Dublin, c’est que certaines statues étaient détruites, défigurées, comme celles de politiciens, et d’autres non, comme celle de Lady Di ou toutes les icônes religieuses. Dans l’antiquité, les romains cassaient les nez des statues des villes qu’ils assiégeaient pour montrer qu’elles ne respiraient plus. Ce qui prouve que n’importe quelle situation, la plus immorale soit elle, les gens font des choix sur ce qui mérite d’être puni, détruit, et sur ce qui doit être sauvé.

Ces poupées sont aussi des archétypes de la beauté et de la quête de la perfection physique de notre société. Leur imperfection nous confronte à nos propres imperfections, à notre fragilité et à l’idée que nous allons mourir.

Oui. C’est un peu un lieu commun, mais notre société accorde trop d’importance à l’apparence. Avant de quitter le monde de la mode, j’avais été vraiment marqué par quelque chose que j’avais entendu sur les plateaux, l’idée qu’un acteur, une pop star, un artiste puissant devenir inutile, hors sujet, comme frappé d’un date de péremption parce qu’ils vieillissaient, ou n’étaient plus dans la lumière. Au Hollywood Wax Museum, les mannequins abîmés mais aussi ceux qu’on ne veut plus exposer parce qu’ils sont passés de mode, sont entreposés dans des cartons avec la mention “retraités”! Comme si la société dans son ensemble considérait que notre utilité diminuait avec le temps. On peut également se poser la question de savoir pourquoi, nous aimons tant voir tomber en disgrâce voire disparaitre ce que nous célébrons et semble nous donner du bonheur un jour.

Avec The Last Supper, vous mettez une nouvelle fois en scène le dernier repas du christ, en disposant exactement les têtes et les mains des mannequins du Christ et des apôtres dans des boites en carton que vous photographiez.

Je me suis souvent inspiré de classiques et notamment les chef d’œuvres religieux pour les réinterpréter dans un contexte contemporain. Même s’ils ont été reproduits des milliers de fois, ils conservent toujours leur force et leur pouvoir. Je communique avant tout par des images. Et ces images-là me touchent. C’est quelque chose que je porte en moi. C’est pour cela que je cherche à ce que mes œuvres soient accessibles à tous et facilement compréhensibles, qu’elles parlent facilement à tout le monde.

David LaChapelle – Still Life + The Last Supper
à la galerie Daniel Templon
rue de Beaubourg, Paris 3e
www.danieltemplon.com

Texte: Hugo Gaspard

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