Art Magazine November 20, 2013

De passage à Paris, l'exposition <>, qui suscite bien des interrogations, affronte les regards scrutant avec curiosité les courbes d'éphèbes androgynes et les musculatures avantageuses de mâles dominants. Abrogeant l’habituel classement chronologique, les commissionnaires ont opté pour des salles thématiques ou se confrontent œuvres classiques et contemporaines issues des mediums multiples (photographie, dessin, sculpture, peinture, et vidéo). L’occasion de se lancer a corps perdu dans le grand manège de la nudité masculine.


Ecce Homo par Kehinde Wiley

Ce duo, tissé d’arabesques végétales, mêle références aux toiles classiques et culture de la rue. Le jeune homme noir, viril et musclé, a la moue coquine, est entoure d’un halo lumineux de sainteté, les poings lies par une cordelette et poses délicatement sur son baggy en jean. A ses cotes, un fidele, l’oreille percée, le regard bienveillant, recouvre le corps d’une large couverture prune. Autant de symboles qui ne sont pas sans rappeler la descente de Croix du Christ, sa mère, Marie, l’enveloppant d’un linceul, Le peintre, Kehinde Wiley aime héroïser l’invisible, mettre en scène des modèles choisis lors de castings sauvages en plein ghetto, et élever au rang d’icones des bad boys pour casser leurs codes et ceux des toiles de maitres.


Serait Être Martyr et 72 Vierges par David LaChapelle

L’extase masculine, dans la douleur et la mort, est un sentiment souvent représenté dans les toiles du XIXème siècle. Camille Félix Bellanger, habitué du Salon de Paris, peint un Abel, fils d’Adam et Eve agonisant, allongé sur une peau de mouton, les deux bras étendus avec grâce, les jambes croisées faisant planer une ombre sur son sexe invisible. Trahi par son frère Cain, cet éphèbe aux cheveux long à des courbes féminines et les reins cambre par la roche. Son visage exprime le plaisir dans la souffrance, dans la soumission à un destin mortel. Une soumission révélée avec humour et provocation par David LaChapelle. S’inspirant des Voyages de Gulliver, il photographie un mannequin de cire à la carnation parfaite, entoure de 72 petites poupées vierges et voilées, de barbelés et de dynamite. Certaines enfoncent les piquets charges de le maintenir en captivité a grands coups de marteau, quand d’autres se contentent de le regarder ou de s’élever sur des échelles en bois pour le libérer a l’aide de ciseaux blancs. L’homme devenu esclave dans un Moyen-Orient domine par la femme semble se complaire dans une extase que traduit son corps soupirant.


L’Ex-Voto de Saint Sébastien par Gustave Moreau

L’identité homme-femme est ambiguë dans les toiles du XIIème siècle. Gustave Moreau, en peignant le mythe grec de Jason et Médée, laisse planer le doute quant au genre de ses personnages à la peau laiteuse. La chevelure d’un même blond vénitien encadre leur visage fin et élégant. Seuls les accessoires qu’ils portent, une épée pour Jason, une étole légère, l’onguent et des fleurs pour Médée, permettent de les identifier. La figure féminine y est objet du désir, mais aussi mère nourricière et femme reconnaissante. Sur l’Ex-voto de saint Sébastien, est agenouillée au pied de son sauveur transpercé d’une flèche. Leurs profils semblables et la tenue du corps du martyr jouent de nouveau sur l’ambigüité. Le jeune homme n’a plus rien du centurion romain, capitaine de la garde prétorienne de l’empereur Dioclétien.


Jeune Homme Nu Assis au Bord de la Mer par Wilhelm von Gloeden

Tombe amoureux de la Sicile et de la petite ville de Taormine, le photographe allemand Wilhelm con Gloeden s’y installe pour prendre les jeunes paysans des environs comme modèles. Pionnier de la photographie en plain air, il opte pour des cliches montrant l’homme nu face a la nature, s’inspirant de la peinture néoclassique d’Hippolyte Flandrin, notamment du Jeune Homme Nu Assis au Bord de la Mer, son œuvre la plus connue et la plus aboutie. Von Gloeden redonne a ces représentations mythologiques une mélancolie oubliée offrant une nouvelle interprétation de la position fœtale, position d’assoupissement, de réflexion, de protection et de solitude.


Vive la France par Pierre et Gilles

Pierre et Gilles se permettent un pied de nez au monde du football avec leur composition Vive la France, dont les sexes apparents ont été cachés par un rectangle rouge sur l’affiche du musée Léopold de Vivienne. Entouré d’une guirlande bleu blanc rouge, le trio black blanc beur est célèbre pour ses prouesses sportives. Au milieu de l’arène, nus ne portant que chaussettes et crampons, ils sont tels des gladiateurs que le peuple acclame. L’homme fort relève des défis, dépasse sa condition humaine, encaisse les coups pour devenir un combattant exemplaire. Alexandre Falguière, s’inspirant surement des Lutteurs (1853) de Gustave Courbet, peint deux hommes s’affrontant pieds nus dans le sable, entoures du gratin bourgeois en costume. Le combat sportif est devenu au fil du temps un spectacle de professionnels utilisant leur corps comme un outil de performance en constante mutation.


Atlas par Karl Sterrer

Étudiant a l’Académie des beaux-arts de Vienne, le peintre et graveur autrichien Karl Sterrer a le don de dessiner la musculature masculine dans ses moindres détails, mettant en relief jusqu’aux plus petites parties du corps. La carrure du titan Atlas, le fils du dieu Ouranos condamné par Zeus à porter le monde, est représentée dans toute sa corpulence et toute sa puissance. Karl Sterrer apporte à cette légende une certaine douceur, faisant de la terre un épais nuage cotonneux sur lequel Atlas, les yeux fermes, semble se reposer et laisser son empreinte.


Père Mort par Ron Mueck

En quête de représentations hyperréalistes, ne jouant que sur les dimensions, l’artiste australien Ron Mueck,
Récemment exposé à la Fondation Cartier, a connu son premier succès grâce a cette pièce. Elle représente le corps de son père mort, réduit aux deux tiers de sa taille réelle. Ne cherchant pas a embellir cet être familier, le sculpteur de résine et de silicone ne ment pas. Le cadavre est bedonnant, les yeux bouffis et rouges, quelques mèches blanches soulignent les tempes, les pieds sont fripes, les mains, celles d’un travailleur acharné. La dépouille est froide, étendue, les paumes vers le ciel, sur un socle gris, table d’autopsie ou réfrigérateur mortuaire Malgré toute la beauté que le corps peut refléter, il est soumis a une contrainte inévitable, le temps et ses traces indélébiles.


Autoportrait Agenouillé par Egon Schiele

Egon Schiele peint cet autoportrait en 1910 au tournant de sa carrière artistique qu’il oriente vers un expressionnisme foudroyant. Il cumule alors les nus érotiques et représentations de son corps dévêtu peints d’une aquarelle aux couleurs fantaisistes : vert, jaune, violet et bleu. Disproportionné, le corps est synonyme d’originalité. Sa vision de lui-même, longiligne et squelettique, répond à une expression de ses sentiments les plus intenses. Les yeux fermes, il semble saluer son passe, pour aller de l’avant, avec ce genou angulaire tourne vers l’avenir. Ce dessin paraît faire écho à l’apparition de la psychanalyse en Autriche, son pays naissance, dont le chef de fil, Sigmund Freud, travaille sur la névrose et l’impact de la sexualité sur le développement de la personnalité.


----------------------------------------------------------------------


Currently in Paris, the exhibition "The Naked Man in the Art of 1800 of Our Time", raises many questions. It confronts the scrutinizing viewer with curiosity, beautiful and youthful male curves of androgyny, and the advantageous musculature of dominant males. Repealing the usual order, commissioners opted for thematic rooms where one is openly confronted with classical and contemporary issues of multiple mediums (photography, drawing, sculpture, painting, and video) - an opportunity to run full speed into a showcasing of male nudity.


Ecce Homo by Kehinde Wiley

This duo has woven designs of arabesque vegetation with mixed references to classical painting and street culture. The young black man, masculine and muscular with a naughty pout, is surrounded by a bright halo of sanctity. A rope binds his hands, and he poses delicately in his baggy jeans. At its dimensions, a loyal, ear pierced man with a watchful eye, covers the body with large plum coverage. All symbols are reminiscent of the Descent from the Cross of Christ; his mother, Mary, is wrapping a shroud. The painter, Kehinde Wiley, likes to elevate those who are invisible. He chooses models from the ghetto, and sanctifies the icon of bad boys, by showing them how to break their codes and those of the paintings of masters.


Would-Be Martyr and 72 Virgins - by David LaChapelle

Male ecstasy in pain and death, is a feeling often represented in the paintings of the XIX Century. Camille Felix Bellanger, a frequenter of the Paris Salon, painted Abel, son of Adam and Eve dying, lying on a sheepskin, with both arms extended with grace, cross-legged casts a shadow over his invisible sex. Betrayed by his brother Cain, the beautiful young man with his long hair and feminine curves, lies with his body draping over a rock.
His face expresses pleasure in the suffering, in the bidding of a mortal fate. A submission revealed with humor and provocation by David LaChapelle. Inspired by Gulliver's Travels, he photographed a wax figure of perfect complexion, surrounded by 72 small veiled virgin dolls, barbed wire, and dynamite. Some of the dolls sink stakes in, to keep the martyr in captivity, while others are content watching - elevated on wooden ladders. Others are releasing him with the help of white scissors. The man, becoming a slave in a female-dominated Middle East, seems to revel in ecstasy, which translates to his sighing body.


L’Ex-Voto de Saint Sébastien by Gustave Moreau

The gender identity is ambiguous in the paintings of the XIX century. Gustave Moreau, having painted the Greek myth of Jason and Medea, casts doubt about the kind of characters who have milky skin. The hair of the same blond Venetian frames their faces elegantly. Only the accessories they wear - a sword for Jason, a slight stole, ointment and tears for Medea, identify them. The feminine figure is the object of desire, but is also the nurturing mother and the grateful wife.
The Ex-voto of Saint Sebastian, sign Angel Zarraga, Zoe, who has regained her voice, thanks Sebastian and is kneeling at the foot of her savior, who is pierced with an arrow. Their similar profiles and body positioning of the martyr play again on ambiguity. The young man has nothing of the Roman centurion, captain of the Praetorian Guard of Emperor Diocletian.


Young Nude Man Sitting at the Edge of the Sea by Wilhelm von Gloeden

Having fallen in love with Sicily and the town of Taormina, the German photographer Wilhelm von Gloeden scouts to the country for models. Pioneer of outdoor photography, he opts for clichés, showing a naked man facing nature, inspired by Hippolyte Flandrin’s neoclassical painting, including Young Naked Man Sitting on the Edge of the Sea, his work the best known and most successful. Von Gloeden gives these mythological representations a forgotten melancholy, offering a new interpretation of the fetal position, position of slumber, of reflection, of protection and of solitude.


Vive la France by Pierre et Gilles

Pierre and Gilles allow a snub to the world of football with their composition Vive la France, the apparent genders were hidden by a red rectangle on the poster of the Leopold Museum in Vienna. Surrounded by a blue, white and red garland the black, white, Arab trio, is famous for its athletic prowess. In the middle of the arena, naked, wearing only socks and cleats, they are like the gladiators that people cheer on. The strong man is facing challenges, exceeding the human condition, rolling with the punches to become an exemplary fighter. Alexandre Falguiere, probably inspired Wrestlers (1853) by Gustave Courbet showing two men facing barefoot in the sand, surrounded by the bourgeois gratin costume. Over time, the sports battle has become a professional showing of how athletes use their body as a performance tool that is constantly developing.


Atlas by Karl Sterrer

Student at the Academy of Fine Arts Vienna, and Austrian painter and engraver, Karl Sterrer has the gift of drawing male musculature in its smallest details, highlighting even the smallest parts of the body. The middle of the titan Atlas, the son of the god Ouranos condemned by Zeus to carry the world, is represented in all its girth and its power. Karl Sterrer brings a certain gentleness to this legend, making the earth a thick fleecy cloud on which Atlas, eyes closed, seems to rest and leave his mark.


Dead Father by Ron Mueck

In search of hyper-realistic representations, playing only on the size, Australian artist Ron Mueck, recently exhibited at the Fondation Cartier, had his first success thanks to this piece. It represents the body of his dead father, reduced to two-thirds of its real size. Without trying to embellish this to be familiar, the sculptor of resin and silicone does not lie. The corpse is paunchy, the eyes puffy and red, some white wicks highlight the temples, feet tat, hands persist those of a worker. The corpse is cold, palms are extended - facing the sky on a gray autopsy table or mortuary refrigerator. Despite all the beauty that the body can reflect, it is subject to inevitable stress, time and indelible traces.


Autoportrait Agenouillé by Egon Schiele

Egon Shiele painted this self-portrait in 1910 at the corner of his artistic career. It points to a withering expressionism. It then combines the erotic nudes and depictions of his naked body painted with a watercolor whimsical colors: green, yellow, purple and blue. Disproportionate, the corpse is synonymous with originality. His vision of himself, lanky and skeletal, responds to an expression of the most intense feelings. Eyes closed, it seems to greet his pass to go ahead. With his angular knee, he looks to the future. This design seems to echo the appearance of psychoanalysis in Austria, his country of birth, with ideas of Sigmund Freud, working on neurosis and the impact of sexuality on the development of personality.

Download PDF (1.4 MB)