Telerama November 11, 2014

Après un burn out, le photographe américain a changé de vie et de sujet d'inspiration, mais pas de style. Explications.

Le 30 octobre dernier, les mordus de David LaChapelle s’étaient donnés rendez-vous à la galerie Daniel Templon pour le vernissage de la nouvelle exposition du photographe américain. Tatouages, manteau jaune canari, tignasse orange ou talons argentés : l’exubérance est de rigueur dans le public, comme dans l’œuvre de LaChapelle. Pourtant, du collectionneur à l’étudiante en art, en passant par un jeune maquilleur hongkongais au style flamboyant, tous se disent « surpris » et « fascinés » par la série d’images présentées.

No Man’s Land

Délaissant sa fascination bling bling pour les corps sculpturaux, le photographe de mode et des célébrités change radicalement de sujet avec une collection de paysages industriels étranges et dépeuplés : raffineries fumantes, mystérieuses stations essence perdues en pleine forêt...
Autre surprise, tout est faux : ces bâtiments industriels photographiés à Hawaii et dans le désert californien sont en réalité des maquettes entièrement construites à base d’objets et matériaux recyclés comme des cannettes, des pailles, des boîtes de conserve ou encore des fers à friser. Tout en conservant les couleurs flashy chères au photographe, ces images en très grand format veulent exprimer la toute-puissance carnassière, de l’industrie du pétrole.

Coming-out écolo

« David LaChapelle a toujours été intéressé par l’écologie », explique Victoire Disderot de la galerie Daniel Templon. L'histoire est rocambolesque : en 2006, LaChapelle a quitté le monde de la mode pour se réfugier à Hawaii, où il a racheté un camp de nudistes qu’il a transformé en ferme bio. Des arbres fruitiers, des chèvres qui fournissent le lait et l’engrais, une voiture tournant à l’huile végétale, une maison alimentée en énergie solaire : c’est dans ce petit paradis éco-responsable que s’est réfugié depuis huit ans un homme qui a longtemps vécu dans l’extravagance. Selon Victoire Disderot, David LaChapelle a décidé après un burn out de fuir une vie et un milieu avec lesquels il ne se sentait plus en accord. Il a fait du tri dans son carnet d’adresses, et s’est mis à collaborer étroitement avec Paul Watson, qui fut le plus jeune membre fondateur de Greenpeace, et dirige depuis 1977 la Sea Shepherd Conservation Society, une association destinée à la protection des océans. Un engagement sérieux que l’artiste exprime pour la première fois de manière directe dans son travail. Longtemps cantonné à la publicité et aux travaux de commande, le photographe souhaite à présent s’exprimer en tant qu’artiste plasticien à part entière, sans pour autant renier son style.

Ironique plutôt que militant

« Sans tenir un discours moralisateur, LaChapelle veut créer une vraie prise de conscience », explique encore Victoire Disderot. Sans pour autant tomber dans le militantisme. Le photographe expliquait d’ailleurs la nuance dans une récente interview : « un militant est une personne comme Paul Watson, qui se met littérralement en danger ». Un exemple bien choisi, son ami étant en effet connu pour ses actions risquées en pleine mer, qui lui ont valu d'être recherché par Interpol. De son côté, LaChapelle a toujours porté un regard ironique sur la société de consommation : on pense à des œuvres comme « Death by hamburger », où une femme se faitsai écraser par un sandwich géant. « La révolution industrielle fait partie de notre histoire, ce n’est ni bon ni mauvais », tempèrait-t-il lors de son interview pour la BBC, ajoutant avoir pleinement conscience d’utiliser lui-même cette industrie pour ses tirages. « David LaChapelle reste quelqu’un de très optimiste », conclut Victoire Disderot.

-Joséphine Bindé

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